Groupes de Lecture
 

« Il y a des livres que nous parcourons dans l'allégresse, oubliant chaque page lue sitôt tournée la suivante ; d'autres que nous lisons avec révérence, sans les oser ni approuver ni contester ; d'autres qui se bornent à nous renseigner et excluent d'avance nos commentaires ; d'autres encore que, parce que nous les aimons si fort et depuis si longtemps, nous ne pouvons que répéter mot à mot, car nous les connaissons au sens propre, par coeur. Et il y en a beaucoup encore qui tiennent de tous ceux-là et qui, au lieu de susciter le silence (respectueux ou ravi), nous aiguillonnent, nous prennent aux épaules, exigent de nous que nous réagissions par une opinion, une réflexion, une question, un souvenir, un désir. La lecture est une conversation. »

Alberto MANGUEL
Journal d'un lecteur
,
traduit de l'anglais par Christine Le Boeuf.
Editions Actes Sud.

 
 

Depuis trois ans, un groupe de lecteurs appartenant au réseau des bibliothèques de l'Emblavez se réunit régulièrement. Les rencontres sont animées, vives et enthousiastes. Le groupe se retrouve toutes les six semaines environ et échange sur les lectures communes.

 
  • Le groupe a lu les trois dernières sélections du Livre Inter.
    (Sélection de 10 romans français
    à lire en deux mois).
    Vous trouverez ces ouvrages dans les bibliothèques de l'Emblavez.
  • il a échangé, l'an dernier, autour
    « des livres qui ont marqué
    notre parcours de lecteur ».
  • Il démarre cette nouvelle saison
    avec un choix de romans
    policiers français et étrangers
    (voir liste ci-dessous).
Le groupe de lecture adultes élit "son Prix Inter"

Garden of love – Marcus Malte
Les feuilles mortes -Thomas H. Cook
Seul le silence – R.J. Ellory
La nuit tous les loups sont gris
Gunnar Staalesen
Trahie – Karin Alvtegen
L'appel des morts – Ian Rankin
La chambre noire – Eva Marie Liffner
La mort se lève tôt – Ramon Diaz Etérovic

Aubergiste tu seras pendu – Doris Gercke
La position du missionnaire – J.P. Jody
Les brumes du passé – Léonardo Padura
Ils sont vôtre épouvante et vous êtes leur crainte
Thierry Jonquet
L'âme du chasseur – Deon Meyer
Montmartre, Mont des Martyrs – Chantal Pelletier
la femme en vert – Analdur Indridason

Un autre groupe de lecture se retrouve
régulièrement tout au long de l'année
scolaire pour parler des livres jeunesse.

Ces rencontres sont l'occasion pour les bénévoles et les salarié(e)s des bibliothèques
d'enrichir leurs connaissances.
Chaque participant amène un livre de
son choix qu'il présente au groupe.
Cette lecture ouvre sur des discussions
passionnantes et des échanges d'expérience.

Vous êtes intéressé(e). Contactez Babeth Cultien ou Christelle Kuhn.

Aveu du Comité de Lecture Adultes :

Nous ne dévorons pas que des livres.
A la fin de nos réunions, nous succombons
aussi aux "nourritures terrestres" !

 

 

 

Groupe de lecture adultes

Nous les avons lus, nous en avons discuté entre nous, et nous avons aimé.
Si, vous aussi, vous voulez nous faire partager un "coup de coeur", envoyez un courriel à Babeth ou à Christelle.

La cité des jarres d'Arnaldur Indridason
traduit de l'islandais
par Eric Boury
Points - 2006 -


Voilà un polar bien classique.

L’inspecteur tout d’abord, homme à la vie familiale compliquée : divorcé, deux enfants, un fils qu’il ne voit plus, une fille droguée, dealeuse … et enceinte.
Bref le mec obnubilé par son job, au point de ne pas prêter attention
à ses proches, … mais avec des remords, quand même !

L’intrigue est bien construite, se déroule jusqu’à son terme,
avec une belle logique progressive. N’en disons pas plus.
Et puis c’est un voyage dans cette Islande brumeuse, bruineuse.

Comme on l’aura compris, une lecture bien détendante ; parfois cela fait
du bien de ne pas trop se prendre la tête ! Lire, c’est aussi cela !

Christian  

Les brumes du passé
de Leonardo Padura
traduit de l'espagnol (Cuba) par Elena Zayas
Métailié - 2006 -

Les brumes du passé est une belle plongée dans l'histoire de Cuba, c'est aussi un hommage magnifique aux livres, à la littérature et à la musique cubaine et principalement le boléro.
Mario Condé a quitté son travail d'inspecteur. Il s'est reconverti dans l'achat et la vente de livres anciens. Il ne soupçonne pas qu'en poussant la porte d'une vieille maison qui autrefois a eu ses heures de gloire il fait irruption dans les brumes du passé. Il est témoin d'une tragédie qui va le mener bien malgré lui sur les traces d'une chanteuse de boléros à la voix envoûtante. c'est un livre sur les illusions perdues, sur la Havane des années 20, lorsque la ville était la reine de la musique, de la jouissance et de l'alcool, plus tard, sur celle  qui ploie sous la dictature et  la violence, celle qui résiste, qui souffre et qui survit. C'est un roman noir empreint de mélancolie et de sensualité. Un roman qui n'est pas dénué d'humour et certaines scènes dans la Havane de la nuit sont délicieuses. Un roman qui peint l'amitié et qui laisse entendre en fond sonore la douce voix de Violeta del Rio.

Babeth 

L'âme du chasseur
de Deon Meyer
traduit de l'anglais
(Afrique du Sud)
par Estelle Roudet
Éd. du Seuil - 2006 -

 

L'âme du chasseur  est  une véritable course poursuite à travers l'Afrique du Sud en proie à ses vieux démons. On suit avec fascination le personnage principal "P'tit" Mpayipheli. Depuis qu'il ne travaille plus pour les services secrets, il a refait sa vie et aspire à la tranquillité auprès de sa compagne et de son fils. un jour tout bascule et son passé obscur le rattrape. Pour venir en aide à un vieux compagnon, le voilà qui replonge dans un passé de meurtres et de corruption. La moto qu'il "emprunte" pour traverser le pays et livrer la rançon à ceux qui retiennent son ami en otage, devient au fil des pages un personnage à part entière.
C'est un livre superbement écrit, puissant, évocateur que l'on a bien du mal à lâcher.
En voilà un extrait, les premières lignes : "Il se tenait derrière l'américain. Pratiquement collé à lui dans le métro bondé, l'esprit très loin de là, sur la côte du Transkei, où les vagues gigantesques viennent se briser dans un bruit de tonnerre. Il se revoyait assis sur l'éperon rocheux d'où il contemplait la houle, sa progression linéaire à la surface de l'océan indien, impressionné par ce long voyage solitaire qui s'achève en un déferlement sur les côtes accidentées du continent noir. Entre deux lames règne un silence parfait, quelques secondes de calme absolu. Le moment est si tranquille qu'il entend la voix de ses ancêtres - Phalo et Rharhabe, Nquika et Maqoma, son sang, sa source, son refuge (...)."

Babeth 

Les feuilles mortes
de Thomas H. Cook
Gallimard (Série Noire)
- 2008 -

Deux possibilité s'offrent à vous à la lecture de ce roman.
Soit vous rejetez Eric Moore et ses soupçons auquel cas vous trouverez l'intrigue mal menée et le style des plus simples.
Soit vous entrez en empathie avec le narrateur Eric Moore. Alors vous entrez en empathie avec le père de Keith, un adolescent renfermé soupçonné d'enlèvement d'une petite fille de 8 ans, avec le frère Warren qui cache sous un célibat alcoolique une véritable fêlure, avec le fils d'une famille malheureuse aux lourds secrets, avec le mari de Meridith, intelligente, séduisante et indépendante...
Alors comme Eric Moore, vous douterez de tout et de tous malgré l'amour que vous leur portez car l'enlèvement d'une enfant innocente vous est insupportable. Ce doute aura une issue fatale.
La simplicité permet alors la lecture d'une traite de ce roman policier et vous invite à vous demander quelle confiance vous accordez à votre famille.

Aurore Lebrat

Garden of Love
de Marcus Malte
Zulma - 2007 -

Le retour d'Ariel, personnage mystérieux et fascinant donne le ton du roman : le narrateur le voit un jour d'hiver en bord de mer, il voudrait que l'autre le voie aussi, il voudrait ne pas croiser son regard. De là, leur histoire se déroule à l'envers. Mais il y a, interposée, une autre histoire qui lui ressemble jusqu'aux prénoms des enfants, jusqu'à la similitude des lieux : le café du temps perdu, la plage, la villa au bord de la falaise… L'une des histoire est claire, l'autre sombre, endeuillée. Mais les deux se croisent et se mélangent et on ne sait plus quels sont les liens entre les personnages fragiles, charismatiques, attachants, vivants et morts. On s'y perd, on cherche à combler les zones d'ombre. La résolution du crime ne donne sa noirceur au roman que parce qu'elle assombrit les personnages, mais elle n'est pas centrale.
L'écriture est belle, l'esthétisme est présent dans les références littéraires, musicales, dans la jeunesse et la beauté des personnages, mais aussi dans leur machiavélisme et leur immense tristesse.
Ce qui tient le lecteur en haleine, c'est de démêler les fils de ces histoires, destins croisées ou parallèles, et qui laissent penser au final que « Je est un autre ».

Christelle

Ténébreuses
de Karin Altvegen
Plon - 2008 -


Ce roman débute avec la mort d'une vieille dame esseulée, Gerda Persson, qui fut la domestique du célèbre écrivain Axel Ragnerfeldt. Ce dernier finit ses jours totalement paralysé, dans un centre de soins. Son fils, Jean-Erik, séducteur et alcoolique, anime des conférences sur son œuvre, sa fille Annika est morte à l'âge de quinze ans, et son épouse Alice regrette toujours de ne pas avoir été une grande auteure mais seulement l'ombre de son mari.
Alors que Jean-Erik retourne dans la maison de sa jeunesse dans l'idée de trouver une photo de Gerda, il découvre sans vraiment le chercher, le secret dramatique de sa famille, bien préservé pour ne pas entacher l'image de l'écrivain célèbre.
On suit parallèlement l'histoire de Kristoffer, qui écrit lui aussi, et fut abandonné tout petit. Il est le seul héritier de Gerda et voit dans ce maigre testament la possibilité de faire le jour sur son histoire pour « commencer à vivre ». Ses recherches l'amèneront fatalement à découvrir le secret de la famille Ragnerfeldt.
On évolue dans un milieu littéraire, mais derrière les apparences il y a toutes les facettes sombres : l'alcool omniprésent, les écrivains de l'ombre, la difficulté d'être ou ne pas être publié, le manque d'inspiration, la jalousie, les manipulations et la gloire à préserver au prix de tous les sacrifices.

Christelle

Shibumi
de Trevanian
Gallmeister - 2008 -

Le héros de ce roman est un personnage étrange et fascinant. Né à Shangaï en 1925, il vivra en Chine occupée, puis au Japon où il deviendra un maître du jeu de go.
Il survivra au chaos et à la barbarie de ces temps là pour devenir un tueur implacable, le mieux payé du monde, un ennemi de tous les pouvoirs, exterminateur de terroristes internationaux. A la retraite, il coulera enfin des jours heureux avec sa compagne au Pays Basque. Par fidélité à la mémoire d' un ami, il quittera ce lieu paisible, sera rattrapé par son passé et contraint de reprendre du service.
La construction de ce livre emprunte au jeu de go : titres des parties, allers et retours entre Washington et les autres lieux de l'action, alternance de scènes violentes et de moments harmonieux. Le style de ce roman policier politique à la fois drôle et tendre est limpide, efficace. Je n'ai pas atteint le "Shibumi" (maîtrise harmonieuse du monde et de soi-même) ; mais j' ai lu avec beaucoup de plaisir ce roman d' espionnage original, et j'ai repensé souvent à cet apatride philosophe aux yeux vert bouteille, dans son gouffre de Port de Larrau ou "dans la prairie triangulaire, mêlé au soleil doré et à l' herbe".

Madeleine Alamy.

Chambre Noire
de Eva-Marie Liffner
Rivages - 2007 -

Pour un lecteur de pur polar, ce roman peut déconcerter : l'enquête ne révèle son objet qu'au tiers du livre. Johanna Hall, photographe, hérite d'un appartement à Göteborg (Suède) de son oncle Jacob. Elle trouve des photos prises en 1905 et se lance dans une quête de vérité sur ce qui s'est alors passé dans la vie de Jacob. Cela l'amène à se rendre à Londres puis à Dundalk (Irlande).
Le récit est partagé entre trois périodes : Londres fin XIXème début XXème, avec la société de Théosophie et la naissance de la photographie, ce jusqu'à la fin de la guerre de 14 ; l'époque actuelle où la photographe enquête sur des événements du début du XXème ; la fin des années 30 où l'enquête sur les disparitions d'enfants, notamment des Flaherty, prend fin. Les photos ne sauront jamais décrites et la vérité n'est que partiellement dévoilée.
La construction du récit est elle-même perturbante avec des narrations tantôt à la première personne pour Johanna, tantôt à la troisième personne lorsque l'on suit Jacob dans le Londres de 1905. Ce sont d'ailleurs ces changements de narrations et les titres des chapitres qui permettent de se repérer dans les nombreux allers-retours dans le temps.
C'est aussi tout l'intérêt du livre : les personnages vivent, revivent les mêmes faits, les mêmes problèmes sociaux, ressentent les mêmes sentiments. Dans ce jeu de miroirs, de parallèles et d'abîmes, l'image, la photographie, occupent une place centrale et montrent à quel point les souvenirs, les réminiscences peuvent être à la fois clairs et obscurs.
Il faut ajouter à tout cela de magnifiques descriptions concises et plus que justes de la psychologie des personnages et de la société qui les entoure, que ce soit la société actuelle ou celle du début du XXème. Cela permet également à l'auteure d'effleurer le thème du rôle des religions (du danger des sectes) via Hélène Blavatsky et la société de Théosophie, celui de l'homosexualité féminine, celui de la pédophilie subie par les enfants les plus pauvres, celui de la filiation,...
Un livre riche où chacun peut puiser en fonction de sa sensibilité.

Aurore Lebrat

Versus
d'Antoine Chainas
Editions Folio Policier
Gallimard – 2008 -

A force de lire des romans policiers, on prend l'habitude de fréquenter des justiciers, des flics en tous genres, on se prend d'amitié pour les uns, les autres nous agacent, mais on finit toujours par les trouver sympathiques. Il y a "les presque à la retraite", ceux qui vont bientôt raccrocher, qui veulent boucler leur dernière enquête et qui ne raccrochent jamais. Il y a les bons pères de famille, une espèce en voie de disparition. Il y a les déglingués de la vie, les révoltés, les dépressifs chroniques, les alcooliques, ceux qui sont forcément divorcés, solitaires, ou en conflit avec leurs mômes, souvent une fille. Il y a les brutes épaisses, qui tout compte fait ne sont pas très méchants,... et puis il y a le major Paul Nazutti. Un spécimen comme celui là, j'avoue ne pas en avoir rencontré beaucoup dans les séries noires et les thrillers. Lui, on le déteste dès la première page, il nous révulse, nous choque, nous brutalise sans ménagement, nous horripile et nous glace le sang. Il hait le monde entier, les hommes, les femmes, les homos, les pervers, les pédophiles, les syndicalistes, les étrangers et j'en passe. Avec Versus, il nous entraîne dans la faune interlope et nocturne d'une ville maritime sur les traces de tueurs d'enfants et sur celles non moins étranges d'un homme qui abat des pédophiles et les enterre auprès du corps de leur dernière victime. On le suit dans cet enfer troublant, le dégoût au bord des lèvres et on voudrait comprendre.
Un roman qui se lit au rythme dingue de cette histoire dingue. Le style chahute un peu, pas de tendresse, pas de jolis mots, le lecteur a droit à du brut, du solide, du viril. Après tout c'est la guerre ...

Babeth

Versus « en face de » : Nazutti versus les pédophiles ou … Nazutti face à lui-même car derrière les mots crus, les situations extrêmes, c'est bien l'homme face à sa violence, à ses désirs sexuels, à sa soif de domination, de pouvoir...
Chainas nous pousse dans nos derniers retranchements, jusqu'à l'insupportable puis quelques pages suivantes, avec humour (noir bien-sûr) un personnage nous explique que ce n'était pas réel. Soulagé ? Non, simple bouffée d'air jusqu'au prochain chapitre. Alors pourquoi une telle noirceur, à quoi bon une telle violence, peut-être parce que l'on ne peut pas dépeindre notre société consumériste sans cette violence, sans doute pour exprimer l'aversion et sortir de la banalisation du sexe, de la violence physique ou psychologique, subie par les enfants, les prostituées, les sans-abris, et finalement les êtres humains. On adhère (ou pas) mais on ne peut être indifférent, et sortir indemne d'une telle lecture.
Et puis, pour nous réconcilier avec la vie, Versus Nazutti, il y a Andreotti, son binôme, un flic idéaliste, droit et intègre, il y a Rose, mère d'une victime avec sa douleur, sa douceur et son pardon et il y a un bilan de sa vie et de son œuvre...

Aurore Lebrat

Montmartre,
Mont des Martyrs
de Chantal Pelletier
Gallimard - 2008 -

On est très vite dans le bain… 10 mai 1981, la foule en liesse dans Paris, « tandis qu'un petit village résiste » et vaque à ses affaires : Montmartre et son monde interlope où se croisent travellos, putes, toxicos, branchés, et où le Sida, encore mal connu, fait des ravages. Dans ce cadre bucolique au possible, un jeune flic enquête sur 3 meurtres sans lien apparent. C'est pour l'auteure l'occasion de nous balader - dans tous les sens du terme - dans le Montmartre des années 80 au fil de chapitres introduits par une coupure de presse d'époque.
D'entrée, je n'ai pas accroché à l'écriture : trop saccadée (trop de coke ?), cherchant l'humour coluchien à tout prix (on est en pleine période !) et à chaque tournant de phrase… Bref, ça se bouscule au départ, ensuiteça se structure en un bon suspense puis une chute bien déprime couleur «jour de pluie» à Paris.
Mais, au travers de cette balade, j'ai eu plaisir à retrouver - du fond de mon fauteuil et sans le stress parisien ! - ce quartier avec ses parigots, ses bourgeois de l'avenue Junot, ses branchés, ses immigrés, ses travelos brésiliennes … Paris, que j'ai quitté cet été et que je retrouve à la médiathèque de Saint Vincent… !

Ilana POLAC

La Femme en vert
de Arnaldur Indridason
Points - 2007 -

-

La ville de Reykjavik s'étend. Des ossements humains sont retrouvés sur le chantier qui s'est ouvert sur la colline aux trois vieux groseilliers. Le commissaire Erlendur et ses adjoints Elinborg et Sigurdur Oli mènent l'enquête.
Mais ne nous y trompons pas. Cette enquête n'est qu'un prétexte. La lente exhumation des ossements est le point de départ d'une histoire qui se construit comme un mille feuilles. Au fil des pages le lecteur navigue entre le passé et le présent, entre l'enquête proprement dite et le destin personnel de chacun des personnages. Les histoires se superposent, s'imbriquent, se font écho, se séparent.
Cette démultiplication entraîne le lecteur sur des pistes toutes plus vraies les unes que les autres. Parfois l'affaire piétine, parfois le rythme accélère. Et pendant ce temps là, Indridason se joue du lecteur avec humour : il s'amuse véritablement à terminer ses chapitres sur un coup de théâtre ou sur une nouvelle interrogation.
L'intérêt de ce roman noir se situe dans tout ce qui se révèle de la société islandaise d'aujourd'hui et d'hier. Son point fort est la place que l'auteur réserve à la femme. Femme porteuse de vie, femme mère, femme fille, amante, et surtout, dans des pages criantes de justesse, femme sujette aux violences conjugales. C'est dans cette dénonciation fulgurante que l'ouvrage prend sa dimension de grand et beau livre qui ne s'oublie pas.

                            Annette PROVINS

La nuit, tous les
loups sont gris

de Gunnar Staalesen
Gallimard - 2007 -

L'auteur plante le décor, la rencontre du détective Varg Veum avec Hjalmar Nymark, policier à la retraite. Je trouve l'écriture du livre percutante, puissante, réaliste et poétique dans les descriptions, en particulier page 25 : une très belle évocation du temps qui passe et de la mort inéluctable. Varg Veum parle avec tendresse de certains de ses personnages (les clochards par exemple) ; on le sent cependant extrêmement désabusé et cela s'accorde à Bergen où la pluie et le vent sont omniprésents. La lecture coule facilement, aisée et belle. A Lire !

Marie DUPUY

Ils sont notre épouvante et vous
êtes leur crainte

de Thierry Jonquet
Seuil - 2006 -

A  partir d'un fait banal, la rentrée scolaire d'une jeune enseignante d'origine juive polonaise dans un collège de banlieue, Thierry Jonquet nous livre un roman social, politique très noir. On y retrouve tous les méfaits de la vie banlieusarde, misère physique et morale, exploitation de la population par de petites minorités, drogue, prostitution, endoctrinement religieux, antisémitisme violent, désarroi des enseignants, etc. Thierry Jonquet nous renvoie à notre responsabilité collective (lire page 247 : l'admirable extrait d'un poème de Victor Hugo, tout est dit !)

Marie DUPUY

Lorsqu'Anna Doblinsky, tout droit sortie de l'IUFM, se retrouve nommée au collège Pierre de Ronsard, dans le 9-3, elle se doute que sa tâche ne sera pas simple ni facile. Parmi ses élèves : Lakdar, jeune garçon au destin brisé par une erreur médicale (il voulait devenir auteur de bandes dessinées), et Moussa un des cas les plus difficiles pour tous les professeurs. Elle découvre la lâcheté des responsables et le découragement général des enseignants.
Le roman a l'avantage d'emmener son lecteur dans l'univers que lui présentent les journaux télévisés, en s'inscrivant dans la durée, celui non pas de la banlieue, mais des Banlieues, celles que tout un chacun évite (on évite de s'y rendre, on évite d'y penser). Nous suivons la montée inexorable de la tension jusqu'à l'explosion : les émeutes de novembre 2007.
« Quelques éléments dans ce roman peuvent surprendre, voire choquer. Aussi grotesques, saugrenus ou scandaleux qu'ils puissent paraître, ils sont pourtant tirés de la réalité que chacun peut vérifier s'il s'en donne la peine » (note de l'auteur en fin d'ouvrage). Roman noir,  glaçant et inquiétant. A méditer.

Jâne COURT

Seul le silence
de Roger-Jon Ellory
Sonatine éditions - 2008 -

Joseph Vaughan a 12 ans quand son père meurt ; il est élevé par sa mère dans une petite ville de Géorgie. Sa vie paisible bascule lorsqu'une petite fille est sauvagement assassinée. Les meurtres se multiplient.
Un roman d'une grande richesse au long souffle (un peu long à mon goût). L'écriture est magnifique. Le personnage principal est attachant, avec sa détermination, ses obsessions, ses moments de découragement, hanté par les notions de responsabilité et de culpabilité.
Suspens garanti : on ne connaît le nom du meurtrier que dans les toutes dernières pages, mais j'ai été un peu déçue par le dénouement peu explicatif. Très belle réussite cependant que ce roman.

Jâne COURT

 

 

Groupe de lecture jeunesse :

Ces albums, ces BD, nous avons eu envie de les faire voir et/ou de les lire à nos enfants.
D'autres livres ont enthousiasmé vos fils, vos filles ou vos élèves, faites en part à Babeth ou à Christelle.

Le Noël de maître Belloni
de Hubert Ben Kemoun et Isabelle Chatellard
Editions Père Castor / Flammarion - 1996 -

Un magnifique conte de Noël sur l'origine de la bûche, un texte sobre et poétique, des illustrations chaudes, c'est là un ouvrage à savourer comme un délicieux gâteau au chocolat, ou plutôt comme une bûche énorme, sucrée et recouverte de crème, une bûche qui embaume la châtaigne.

Babeth

Le sapin de monsieur Jacobi
de Robert Barry
Editions Gallimard Jeunesse - 2003 -

la veille de Noël, il faut bien penser à installer le sapin, un bel arbre vert et dru que l'on habillera de boules et de guirlandes. C'est ainsi que le plus beau des sapins arriva au domicile de monsieur Jacobi. Dans le grand salon de monsieur Jacobi, le sapin un peu trop haut atteignait le plafond. On en coupa un morceau qui fit la joie de miss Adèle, qui en coupa un bout et le jeta à la corbeille. Ce bout de rien du tout, Tom le jardinier le récupéra pour l'offrir à sa femme. Ainsi de petit en petit bout, le sapin embellit plus d'un logis. Une belle histoire touchante et pleine d'humour écrite en vers et illustrée de dessins soignés.

Babeth

Le cadeau des Rois Mages
de O' Henry et Lisbeth Zwerger
Editions Nord Sud - 2004 -

Un très beau conte de Noël, qui fut écrit et publié dans le journal The World, en 1905 par le nouvelliste américain O'Henry. Le cadeau des Rois Mages est une belle histoire d'amour. Deux jeunes gens sans le sou sacrifient ce qu'ils ont de plus cher pour se faire plaisir mutuellement. Des cadeaux fous et sages à la fois. En lisant cette histoire, on retrouve l'atmosphère des livres de Dickens. C'est un conte qui touche et qui porte un message universel, celui de l'amour comme le plus beau des trésors.

Babeth 

 Joyeux Noël
de Robert Sabuda
Editions Gallimard jeunesse - 2006 -

Un tout petit livre animé sans texte qui propose en relief, et sur du beau papier fort aux couleurs pastel, décors et figurines de Noël d'un blanc immaculé rehaussé d'argent. Magique !

Annette

Le cadeau de Noël de Gaston Grippemine
de John Burningham
Editions Père Castor/ Flammarion - 1993 -

A la fin de sa tournée, le père Noël constate qu'il a oublié de livrer un dernier cadeau, celui de Gaston Grippemine. Epuisé, le père Noël se remet pourtant en route, bravant tous les dangers et tous les avatars. Arrivera-t-il tout en haut du mont Briochon avant le réveil de l'enfant ?
Une épopée, haletante, palpitante, où s'implique le jeune lecteur et qui plaira beaucoup aux amateurs de mécanique en herbe. Côté illustrations, des pleines pages oniriques, aux couleurs et aux espaces somptueux, traduisent la longue marche du Père Noël. Elles alternent avec des pages plus sobres et pragmatiques. Un parmi les meilleurs albums de Noël !

Annette

Rêve de Neige
d'Eric Carle
Editions Mijade - 2001 -

Un fermier fit un rêve : des flocons tombaient doucement sur lui et sur chacun de ses animaux, les recouvrant tous d'un manteau blanc. A son réveil, le fermier constata que la neige était réellement tombée autour de sa maison. Il sut alors que le temps était venu de décorer son arbre de Noël et se mit à l'ouvrage.

Un album pour apprendre à compter jusqu'à cinq, vif en couleurs, qui joue avec les transparents et dont la dernière page offre un arbre de Noël scintillant et le carillon inattendu de quelques notes de musique. Plaisir garanti !

Annette

C'est loin la Norvège ?
demande le bonhomme de neige
de Mira Lobe et Winfried Opgenoorth
Traduction de l'allemand par Sylvia Gehlert
Editions Belin Jeunesse - 2009 -

L'étrange voyage d'un bonhomme de neige qui veut atteindre la Norvège ...
ou la banquise. De belles illustrations apportent un gros plus à cet album.

Iris

Petites histoires du Père Castor pour Noël
de Sylvie Poillevé et Elodie Agin, auteurs
Clotilde Perrin et Pierre Caillou, illustrateurs
Editions Père Castor-Flammarion - 2009 -

Voyage dans les contes (Michka, conte russe, conte polynésien) et petites histoires de Noël que l'on peut raconter tout en douceur et à son rythme.

Iris

La plus haute étoile
de Jean Cavé (auteur)
et Nathalie Choux (illustratrice)
Les albums tendresse - Actes Sud - 2001 -

Léa la petite araignée aimerait briller dans l'arbre de Noël, mais comment s'y prendre lorsqu'on est laide et que personne ne vous aime, ... jusqu'au jour où elle fait une grosse bêtise et que Iris, la petite fille de la maison, la prend en pitié. Ce livre explique très bien la peur et le rejet qu'inspire la différence.

Thérèse

Le père Noël noir
de Bruno Heitz
Editions Palette - 2004 -

La mère Noël en assez de laver les tenues rouges du père Noël. C'est décidé, cette année, le père Noël sera bien rasé et habillé de noir pour distribuer les cadeaux. Ce qui ne va pas sans poser problème au pauvre Père Noël que les gendarmes vont prendre pour Dédé la terreur... Le père Noël passera-t-il la nuit de Noël en prison, les cadeaux ne seront-ils pas distribués ?
Entre l'album et la BD, ce livre nous entraîne dans une aventure burlesque où les personnages se confondent pour le plus grand plaisir des enfants. De quoi aborder Noël avec humour, et constater qu'il n'est pas toujours facile d'être père Noël !

Aurore

Le Noël de Rita et Machin
de Jean-Phippe Arrou-Vignod et Olivier Tallec
Editions Gallimard Jeunesse - 2006 -

Rita est une petite fille adorable qui a pour complice Machin, un chien malin. Ensemble, ils préparent Noël, Rita veut commander et Machin n'en fait qu'à sa tête, la veillée de Noël s'annonce mouvementée !
Les traits vifs simplement crayonnés en noir sur blanc avec quelques pointes d'encre rouge servent le récit tout simple d'une petite fille espiègle et de son animal de compagnie dans un univers familier.

Aurore

La mystérieuse nuit de Noël
de Clément-Clarke Moore et Niroot Puttapipat
Editions Milan jeunesse - 2007 -

Un magnifique livre tout en ombres chinoises, du noir, du blanc et quelques couleurs de Noël… les illustrations en pop up se détachent avec beaucoup de raffinement, découpées aussi finement que des pièces de dentelle.

Christelle

 

La nuit de l'étoile d'or
de Elzbieta
L'Ecole des loisirs -1995 -

La petite princesse de Noël
de Nadja
L'Ecole des loisirs - 2006 -

Une sélection du trio familial Olga Lecaye (la mère), Grégoire Solotareff et Nadja, les enfants.
Grégoire Solotareff a écrit plus de 150 livres pour la jeunesse. Sa soeur Nadja se reconnaît dans deux styles graphiques bien différents : certains albums sont illustrés à partir de peintures à huile, réalistes, où les personnages sont très expressifs, ... pour d'autres histoires, le trait est humoristique, plus proche de la bande dessinée, les stéréotypes sont ébranlés : les princesses peuvent être laides, pénibles, ... ou prendre le Père Noël pour époux !

Amour-caillou


Album cartonné pour les bébés, facile à manipuler.

Le masque


histoire de loup, de peur, de dévoration.

Mathieu

Album philosophique pour les plus grands ;
référence à la peinture,
(ex : la chambre
de Van Gogh)


Le diable et les rochers


Album pour les grands sur la différence, la discrimination,
l'amitié, l'amour.

Mitch


texte de Solotareff, illustration de Nadja

Chien bleu


Illustration de Nadja

Lapins, souris
et compagnie


de Olga Lecaye

D'autres albums qui nous ont plu :

La petite maison de Mérédith


de Catharina Valkx
Une histoire simple sur l'amitié, une illustration claire, pleine de fraîcheur et d'humour..

Au sixième jour


de Tim Mortier

Album sur le thème de la création du monde.

Moi, Mingh

de Nathalie Novi

Et aussi des livres d'art :

Et Picasso peint Guernica

d'Alain Serres

Un livre pour toi
de Kveta Pacowska

Un livre d'art original et abouti, qui se déploie comme un long accordéon pour créer un véritable espace architectural ouvert à la quatrième dimension. Le lecteur peut aller jusqu'à marcher à l'intérieur même du livre. Couleurs vives, fortes et lumineuses, pages découpées, pliées et dépliées... Mouvement, rythme, dynamisme. Surprises et diversité !